1960 a(aura) 50 ans

Il n’y a pas d’autres dates-années plus célèbres dans l’histoire du Québec. 1960 est aujourd’hui même plus marquante que 1760 ou 1837…
1960 sert et a servi à tracer une frontière entre un avant et un après que symbolise le fameux « Désormais » de Paul Sauvé. Un partage historique, sociologique, démographique (fin du baby-boom), économique, national, politique, littéraire, culturel… En fait, l’histoire de tous les domaines de la vie québécoise est traversée par 1960, comme 1789 pour la France. Au Québec, à côté de 1960, 1968 a d’l’air d’un phénomène de surface ou d’une crise d’adolescence.

Mais 1960 est surtout un discours, littéralement un mythe (mythos).

Autant pour ceux qui y voit le début lyrique de la Révolution tranquille que pour ceux qui contestent cette périodisation en insistant sur les signes avant-coureurs et sur la continuité de certaines réalités bien au-delà de 1960. Peu importe ces divergences interprétatives, cette année-là reste un jalon incontournable. La bibliographie des titres d’articles et de livres dans lesquels apparaît cette date serait gigantesque.

Si 1960 est connu, c’est d’abord par le discours et le sens qu’on lui a donné, bien plus que par la mémoire de ce qui s’est passé et réellement vécu cette fameuse année. Il y a bien la mort de Duplessis, en 1959, le bref règne de Sauvé, mais pour le reste, de quoi se souvient-on de 1960?

Autre chose. Il y a un discours dominant sur 1960, une idéologie dominante, des souvenirs dominants sur 1960: ce sont ceux du groupe qui l’a d’abord amorcée, mais surtout ceux du groupe qui a réalisé la Révolution tranquille, avant d’en profiter, comme disent plusieurs aujourd’hui.

Que savons-nous des perceptions qu’ont eu de 1960 les gens qui cette année-là avaient 75 ans, 65 ans, 50 ans, 40, 30 ans… Ceux qui ont eu 20 ans en 1960, on risque fort de la connaître. Si nous prenions la pyramide d’âge en 1960, nous verrions peut-être que nous avons surtout la vision d’une minorité, appelée à devenir une majorité, mais qui ne l’était pas encore. Ainsi, le souvenir, l’interprétation et la signification qu’a eu 1960 pour la majorité de la population nous seraient inconnues ou presque.

Si on ajoute à cela comment ces changements ont modifié les rapports entre les groupes socaiux (les classes!), on verrrait qu’il y a des groupes qui ont eu très peu de voix au chapitre ou que leur voix est maintenant oubliée. On connaît par coeur le discours anti-clérical de cette période; que savons-nous de l’expérience qu’ont vécu, pour prendre l’exemple correspondant, les membres des communautés religieuses?

Même chose pour 1968, en un certain sens, ce qu’on connaît surtout c’est la parole de la jeunesse révoltée, mais que savons-nous réellement du « vécu parental » pendant le conflit des générations? On en sait ce que leurs enfants en ont dit. Comme objectivité faudrait trouver mieux.
Le lyrisme de cette génération, c’est un peu cela. Mais un lyrisme peut-il être encore lyrique quand il devient dominant? Lyrisme dominant, cela fait un bel ozymoron dont on pourrait attribuer la paternité anachronique à François Ricard.

Donc 1960 aura 50 ans…

Les objectifs de ce projet seraient de regrouper en un seul site Internet l’ensemble, la totalité des archives (qui ont été conservées!) sur cette année 1960: tous les imprimés (livres, périodiques…), toutes les émisions de radio, toutes les émissions de télévision, tous les films, toute la musique, tous les spectacles, toutes les pièces de théâtre, toutes les correspondances, tous les documents de la vie économique, toutes les statistiques, etc. À quoi, il faudrait ajouter les archives privées de tous les volontaires qui accepteraient de les mettre en ligne. Aussi, on y ajouterait ce qui est trouvable dans les archives étrangères et qui ont parlé du Québec. C’est-à-dire l’utopique projet d’une archive totale d’une année.

La totalité est utopique, parce qu’il manque au départ tout ce qui n’a pas été conservé. Alors l’utopie serait de ne pas pouvoir même réunir ce qui a été conservé. Est-ce une question de la taille des archives envisagées? Non, il y a déjà des bases de données qui contiennent plus d’informations et de documents que pourrait en contenir ceux de 1960. Google, Youtube, Flickr, Facebook et d’autres sites qui gèrent et mettent en ligne une quantité astronomique de documents consultés par plus d’usagers par jour qu’il y a d’habitants au Québec et même au Canada! Ce n’est pas une utopie technologique. Financière? Ça pourrait coûter cher, disons 100 millions (et là j’exagère), soit 1 km de métro! Pour .2 ou .3 km de métro, on aurait un projet pas mal bien parti…

Donc, une sorte d’archives quelque peu imaginaires parce qu’une grande partie de ce corpus n’était certainement pas connue au Québec en 1960. Aussi, encore, la totalité des références à l’année 1960 dans la culture et littérature québécoise, une sorte de « 1960 à travers les âges ». Plus, encore et encore, la cueillette des archives audio-visuelles des souvenirs de 1960 par ceux qui l’ont vécu directement, et ceux qui en ont entendu parlé. Par exemple, on peut penser à programme d’interviews de personnes nées après 1960 et leur demander ce qu’ils savent de 1960 et non seulement ce qu’ils en pensent.

En fait, il s’agit un peu de donner à 1960 une « second life ».

Impossible, voyons voir…

Archives de Radio-Canada et de CBC: la totalité de 1960
BAnQ: la totalité de l’imprimé de 1960 (en collaboration avec La Presse, Le Devoir, etc…)
Autres archives de l’imprimé: Google -Livre, BNF, BAC, etc…
Cinémathèque et ONF: tous les films
Youtube: Québec – 1960
Musique: sites de musique en ligne, Itune, numérisation du corpus québécois
Web: inventaire, répertoire complet de « 1960 – Québec »

Publié par

LGauvreau

Curateur culturel