Projets d’encyclopédies diverses

À rebours:
– à une certaine époque: au temps de Platon, Christ, Moyen-âge

Négative:
– une encyclopédie du « contre »: exemples, dans la bibliographie ferronienne les résultats seraient tout ce qu’on a écrit contre lui et ses oeuvres, etc.: contre Platon, contre la beau, contre la Chine, contre les Encyclopédistes, contre les chats…

Métaphorique:
– inspiré du Bateau ivre et de la connaissance née de la métaphore qui unit deux termes souvent inusités, moins arbitraires que la rencontre d’une machine à coudre et d’un parapluie proposé par les Surréalistes, mais un peu dans le même esprit;
– inspiré de l’usage de la métaphore dans les différents courants littéraires: l’encyclopédie du romantisme n’est pas l’encyclopédie romantique
– on pourrait imaginer d’autres encyclopédies inspirés de d’autres figures de rhétoriques: métonymie (n’est-ce pas le modèle dominant de « l’hyper-lien » qui nous mène à la continuité, à la contiguïté: un lien sur « Louiseville » nous mène à Louiseville. Dans l’encyclopédie métaphorique ferronienne, Louiseville nous mènerait au mythe du Paradis perdu, de la scène primitive (le feu de l’église, la mort de la mère)…

Diagonale:
– inspiré par l’esthétique généralisée de Caillois, il s’agit de tracer des lignes de sens entre des disciplines séparées-isolées dans par les encyclopédies traditionnelles ou reconnues
– Caillois le fait très bien quand il rapproche les dessins incrustés dans les pierres de l’art abstrait moderne pour proposer que plus l’artiste semble renoncer à sa volonté téléologique de faire oeuvre plus l’esthétique de celles-ci se rapprochent de ce que fait la nature (dans les roches ou sur les ocelles de papilllons) involontairement ou selon les lois objectives de la physique et du hasard

Le hasard comme encyclopédie:
( le hasard existe-t-il toujours comme concept dans le philosophie ou la bioloogie, en pensant au fameux titre de Laborit (?) sur le Hasard et la nécessité…)
– dans la vie, le « hasard » est productif, que produit-il dans le domaine de la connaissance?

Ethnologique (en suivant les leçons de la Pensée sauvage de Lévi-Strauss):
– réunir les connaissances des peuples ethnologisés pour les faire connaître;
– surtout s’inspirer de leurs systèmes de classement et de classification des savoirs et des pratiques pour construire à partir cette fois-là des savoirs contemporains la Nouvelle encyclopédie bantoue ou Boroboro.
– d’ailleurs une encyclopédie de l’anthropologie appuyé sur les travaux de Malinowski, Mead et autres, serait fascinante, construite à partir de leurs archives, qui me semblent un domaine des chantiers de numérisation peu développé.

Littéraires:
– idée simple, présenté l’encyclopédie des connaissances à travers l’univers esthétique et culturel de grands auteurs: Dostoïevski, Rabelais, Camus, Paz, Ducharme, etc.
– par exemple, c’est peut-être l’encyclopédie rabelaisiennet qui est la plus facile à saisir: vision carnavalesque, drôle, pleine de « merde joyeuse »

Ces différents projets tournent un peu autour de l’idée de substituer le substantif par le qualificatif. Non pas une encyclopédie du romantisme mais une encyclopédie romantique; non pas celle de l’univers de Ferron mais une encyclopédie ferronienne. Point de vue qui rejoint celui du concept de « vision du monde », d’une manière particulière qu’une oeuvre redéploie-réorganise autrement des éléments déjà connus.

Ivre (clin d’oeil à Jacques Dufresne qui aime rappeler qu’il a mis un lien vers « Le bateau ivre » de Rimbaud dans son dossier sur l’eau dans l’Agora)
– prendre le système d’images et de métaphores utilisées par Rimbaud pour créer, par une réorganisation des matériaux linguistiques, un bateau ivre, un bateau-monde. L’ivresse étant ici peut-être la dérive sémantique des mots hors de leur catégorie encyclopédique habituelle. La métamorphose de l’eau suit une série de rencontre-lien avec d’autres mots: ce sont ces liens (inattendus et surprents) qui créent le symbolisme.

On peut dire aussi que dans ces projets, il y a aussi un peu l’idée des pastiches, de s’inspirer d’un style, d’une époque, d’un point de vue pour proposer une nouvelle réorganisation des connaissances à travers soit ce style, cette époque ou de ce point de vue. Queneau a fait les exercices de styles, il pourrait y avoir les exercices encyclopédiques.

Autre Grand Inspirateur serait Malraux et son Musée imaginaire et sa série sur l’histoire de l’art: Le Surnaturel, l’Irréel, l’Intemporel. Vraiment à relire ses textes où il explique sa démarche.

Faudrait penser aussi à une encyclopédie vue par les mathématiques, une sorte d’encyclopédie de la mesure et du nombre (et toujours pas une encyclopédie des maths). En ce sens, à quoi pourrait correspondre un autre regard sur l’encyclopédie de la mort (celle de l’Agora), pas son contraire, une sur la vie, mais une sorte d' »encylopédie mortelle » ou plutôt une « encyclopédie de la fin »: de la vie humaine (c’est fait), mais des animaux, des villes, des machines, des peuples… Bertrand Gervais a travaillé beaucoup sur l’imaginaire de la fin, mais c’est à autre que cette idée devrait mener.

Titre d’un projet de livre: La machine à wiki, Exercices d’encyclopédie, Voyages probables dans l’inconnu, Le Je ne sais et le Tu ne sais rien (en hommage à Jankélévich)

History numeric Lab à l’université Concordia

Plusieurs projets en histoire orale à Concordia: Montréal, travail, droits humains…

Oral/écrit: y a-t-il vraiment des différences fondamentales pour concevoir une application pour l’un ou l’autre de ces deux modes de communications verbales?
– oral: un seul agent, celui qui parle, à un ou plusieurs mais généralement assez limité d’auditeurs-répondants;
– écrit: d’abord, l’écrit n’est pas l’imprimé auquel on le confond souvent: l’imprimé reste une branche de l’écrit; la correspondance est justement un exemple intéressant d’une communication écrit avec deux agents, ou quelques-uns.

Faut dire que l’écrit dans Internet modifie profondément ce qu’on pouvait définir précédemment comme le réseau d’échange de l’écrit-diffusé-imprimé. « Avant », pas d’écrit publié sans tout un réseau de production de l’écrit-imprimé: éditeur, périodiques, médias, professionnels de la publication. Dans Internet, aucun autre agent souvent que celui qui écrit, comme dans une lettre, ou dans la parole qui reste spontanée, immédiate. On pourrait distinguer les communications orales « montées », coupées, recomposées pour la tv ou la radio…

Bakthine avait réussi à proposer un modèle de l’échange verbal sans qu’il y ait pour lui vraiment une différence entre l’oral et l’écrit, deux modes d’échanges verbaux, selon lui. Peut-on formaliser sa théorie, en automatiser la reconnaissance: l’alternance des sujets parlants, la bivocalité, le polylinguisme et le plurilinguisme.
À partir d’un inventaire systématique du vocabulaire, des champs sémantiques de chaque terme, pourrait-on établir un parcours des contenus le long de la chaîne de communication. Suivre les marques du dialogisme, mais avec l’aide d’outils intelligents d’analyse linguistique?
On pourrait l’expérimenter sur un petit corpus « à la main », tenter de saisir la démarche de lecture « naturelle », puis tenter de la transcrire dans un langage conceptuel abstrait.
Est-ce même possible de distinguer automatiquement la dénotation de la connotation? Les différents sens ou nuances sémantiques d’un mot, d’une expression? Sans parler de l’ironie, des doubles sens, etc.

L’énormité du corpus numérique, ou plutôt le potentiel de recherche qu’il semble offrir, reste mystérieux. Comment l’aborder avec un projet aussi énorme et ambitieux que ce que représente le nombre de documents et de pages qu’il offre.

« Bakthine chez Google » (ou Wikipedia), un titre pour communication savante ou d’autres variantes: Les mots et les choses revu par Google,