Paul Otlet dans l’Atlas of Knowldege. Anyone Can Map

Mondothèque. Multimedia Desk in a Global Internet. Un magnifique double-page consacré aux travaux précurseurs et prophétiques de Paul Otlet dans le tout nouveau Atlas of Knowledge. Anyone Can Map .



À coup sûr, cet ouvrage dirigé par Katy Börner deviendra un ouvrage de référence pour les experts et tous ceux qui s’intéressent à la manière de représenter les savoirs et la connaissance. Richement illustré, grand format, toutes les illustrations sont accompagnées d’explications rigoureuses. Plusieurs tableaux de références contiennent des informations sur les meilleures pratiques à adopter pour dresser les cartes d’un nouvel Atlas de la connaissance.

Otlet aura certainement lu ce livre avec un immense plaisir, celui de réaliser que ses réflexions sur l’avenir du Livre, telles qui les présentent dans la conclusion de son Traité de documentation en 1934, sont en train de se matérialiser… Un ouvrage tout à fait exceptionnel qui deviendra un classique incontournable.

Expo 67: la mémoire d’hier aujourd’hui et demain

[En préparation du hackhaton sur la culture du 25 au 27 septembre, organisé dans le cadre des Journées de la culture]

Expo 67 a laissé un lieu physique de rencontres et d’événements.

Il est possible aujourd’hui de la créer dans un territoire virtuel, imaginaire, pour s’en resouvenir demain. Un lieu:

– où il sera possible de re-créer des expériences anciennes (immersion historique);

– avec des fonctions de conservation, de diffusion, de production, d’édition;

– pour donner accès aux collections existantes (musées, bibliothèques, archives, centres d’interprétation de toutes sortes) pour les inter-relier  ET leur ajouter tous les souvenirs encore vivants dans la mémoire des visiteurs.

Un lieu-exposition ouvert aux commissaires virtuels pour construire des modes de représentations inédites de la culture.

En ce moment, les collections des institutions (musées et bibliothèques) sont en silos, peu diffusées. Le numérique décloisonne les collections, les objets, les informations et les données qu’elles contiennent. Ce qu’on relie, ce sont les données des catalogues, mais les objets et les oeuvres numérisées restent séparées. On ne peut les déplacer facilement, par peur de prêter les collections, des risques pour la préservation et la conservation, de bris, de vol. Le numérique contourne complètement cette limite matérielle à la diffusion et, surtout, au regroupement des objets culturels.

On doit donc penser et concevoir des institutions et des lieux qui correspondent à la mutabilité des objets numériques.

Le numérique dé-localise les collections et permet de les relocaliser ailleurs, partout, tout le temps. En ce moment, ce lieu est le serveur numérique auquel on a accès à travers un formulaire de recherche minimaliste, sur des ordinateurs ou des support personnels, petits, de plus en plus petits, qui contraignent la totalité des objets culturels à s’adapter à leur format.

Cela prend plutôt des lieux d’affichage et de diffusion numériques qui correspondent aux formats originaux, aux dimensions et contenus des documents-sources. Des lieux et des supports pour en augmenter la taille et la puissance d’évocation, et non des appareils miniaturisés aux qualités de consultation souvent douteuses.

Il est maintenant possible de virtualiser la mémoire collective, archivée par les institutions et les archives privées plus récentes, inexploitées par les institutions. Cette mémoire citoyennes et les archives demeurent à l’extérieur des lieux de conservation. On peut changer cela:

– démocratiser l’accès aux outils d’indexation, aux savoirs bibliothéconomiques à travers les universités, les écoles
– ère de participation aux archives publiques par les citoyens-usagers
– dans l’imprimé, le réel et l’analogique, il y a des contraintes matérielles à la circulation, la diffusion et la réunion des objets culturels, des textes, des images, des oeuvres. Le livre réunit deux médias, les images et textes, dans des formats déterminés, aujourd’hui, le livre devenu numérique peut les réunir aisément d’une façon inédite.

– Pour André Malraux, la photographie a fait tomber les barrières physiques entres les oeuvres, les lieux, les textes. La photographie a aboli les murs entres les musées, les sites et les sculptures, l’architecture. C’est ce qui rendait possible, selon lui, la création du Musée imaginaire. Mais une collection d’objet ou de livres, ce n’est pas un musée ni encore moins une exposition: cela exige un organisateur, un diffuseur, un éditeur, un commissaire. Malraux, dans ses monographies, est un commissaire d’exposition fabuleux, un découvreur de liens secrets, inédits, partial, subjectif, porté par une vision de la totalité de l’histoire de l’Art: du surnaturel à l’intemporel.

Ce rôle de commissaire ou de curateur culturel, tout le monde peut le jouer aujourd’hui. Et Expo 67 représente un territoire extraordinaire d’artéfacts et de souvenirs de toutes sortes pour que nous en devenions tous les commissaires virtuels et de nouveaux visiteurs.

Le Web ne fait pas que dé-localiser, il dé-chronomètre, il brise la ligne temporelle entre les objets et les informations, il brise ainsi les liens entre les faits et les causes, les conséquences. Il dé-programme la chronologie originale. En même temps, le numérique permet de ré-organiser les lignes du temps. En les multipliant, en les « aplatissant » au seul et dominant temps-réel (real-time), le présent perpétuel de la mise en ligne, il rend possible la structuration d’autres formes de temporalités.

L’Expo 67 demeure pour Montréal et le Québec un moment fondateur, une entrée spectaculaire dans la modernité et les relations de proximité entre les cultures, les pays et les nations, entre les technologies d’avant-garde (comme Imax) et des foules émerveillées, éveillées devant les expériences nouvelles.

Le temps, le temps d’Expo 67, peut devenir un laboratoire, un lieu d’expérimentation et de découverte, comme la photographie en permettant de juxtaposer des oeuvres d’époques éloignées, situés en des lieux aux antipodes les uns des autres.

Un réseau de bibliothèques ou 43 x la même?

Bouquineur incurable, j’ai fait plusieurs fois le tour de l’Île pour visiter des librairies que je ne connaissais pas. Amateur de bibliothèques, je n’ai pourtant visité que 5 ou 6 des 43 bibliothèques de la Ville de Montréal, sans compter celles des villes défusionnées. L’amateur de livres en moi court les librairies, les bazars, les ventes de garage et les marchés aux puces, mais il ne court pas les  bibliothèques. Je me pose la question:

Pourquoi ne suis-je jamais allé (ou presque) dans une autre bibliothèque publique de Montréal que la plus près de chez moi?

Comme pour tout le monde, ici ou ailleurs, ma bibliothèque publique est la plus proche, c’est une bibliothèque de proximité, la plus pratique: c’est ma bibliothèque locale. Outre cet argument géographique, pourquoi est-ce que je ne fréquente pas les autres bibliothèques de la ville?
Pourquoi je n’y vais pas? Parce que je vais y trouver, à quelques petites différences près, la même collection, les mêmes services, le même aménagement intellectuel.

Les nouvelles et futures bibliothèques offriront de magnifiques lieux, plus attrayants, des lieux culturels modernes destinés à la population locale, de proximité. Mais tous les autres Montréalais, ceux qui habitent plus loin et qui ont déjà leur bibliothèque, pourquoi se déplaceraient-ils pour les fréquenter?
Et si on imaginait plutôt les bibliothèques publiques de Montréal avec, oui, bien sûr, une architecture renouvelée, mais aussi avec des collections, des services de référence, des ressources documentaires et de l’équipement numérique différenciés?
Et si nous imaginions les bibliothèques comme des quartiers distincts pour occuper un espace original dans une ville de savoirs et de connaissances? Concevons-les différemment pour faire sortir les gens de leur « local », de leur proximité. Qu’est-ce cela demanderait de plus à nos bibliothèques pour nous faire bouger en dehors de notre quartier? Comment nous attirer vers les autres bibliothèques pour y lire et découvrir d’autres biens culturels?
Abstraction faite de la Grande Bibliothèque de BAnQ, pourquoi des professeurs emmèneraient-ils leurs élèves à d’autres bibliothèques que la plus près de leur école?  Pourquoi les bibliothèques ne deviendraient-elles pas des destinations culturelles, même pour les Montréalais? (Pour autre chose que leur architecture modernisée…)

Franco Matticchio

Imaginons… À Lachine, il serait possible de personnaliser l’offre autour de l’histoire du travail et de l’industrie. À Côte-des-Neiges, nous pourrions consulter un centre de référence sur les flux migratoires de la ville. Frontenac et Mercier sont bien localisées pour brancher leurs ressources sur le fleuve et le port. Voici pour les « contenus ». Mais allons plus loin et appliquons le même principe de différenciation-personnalisation aux espaces de médiation. Pourquoi pas une bibliothèque « audio-sonore »? Une autre pourrait être le temple des « images-vidéos ». Une autre deviendrait un lieu spécialisé en « écriture-lecture ». Une autre réunirait tout sur la danse, les jeux et les sports. Une autre serait « fablab centrique ». Une autre serait tout simplement… à l’ancienne! Une autre, sans livres ni imprimés! Pourquoi pas? Mais toutes sans livres, jamais! Toutes interconnectées, toutes reliées, bien sûr, par des objectifs, un fonds et un langage documentaire communs.
La nouvelle orientation: accentuer une dimension de la bibliothèque universelle générale dans une configuration locale, dans une bibliothèque orignale et unique. 
Que veut dire le terme « local » pour une bibliothèque?
C’est être située dans un quartier, bien sûr. Mais quoi d’autre? Cela peut signifier aussi « localisation » culturelle, un lieu propre, dans l’offre bibliothéconomique générale. Il pourrait y avoir une classification des bibliothèques (un Dewey+) pour situer chaque projet dans des catégories générales. Après tout, la clientèle locale pour une bibliothèque ne devrait pas être la même que celle de la pizzeria locale! Elle devrait venir de plus loin, de tous les quartiers, de partout, même de la sphère Web de l’autre bout de la planète.
Et si la différenciation des bibliothèques devenait un axe de développement pour les concevoir comme un tout modulaire, un circuit culturel, imaginé comme on conçoit un circuit touristique, rempli de points d’attractions, complémentaires, ayant chacune d’entre elles des profils, des personnalités techno-culturelles distinctives?
[Pour cela, diront plusieurs, il faudrait une vraie ville centrale forte, et ils n’auraient pas tort.]
Dès maintenant, la collection (à cause de l’accès numérique) ne peut plus être un réel facteur de différenciation. Alors, comment donner une valeur spécifique à une bibliothèque? Quelle personnalité, ou plutôt quel personnage-institution chaque bibliothèque devrait-elle jouer sur la scène culturelle urbaine?
Je me repose la question: qu’est-ce qui pourrait me donner le goût d’aller à une bibliothèque autre que Frontenac, Mont-Royal ou à BAnQ? Je ne sais pas. Pour le moment, j’ai le goût d’aller voir les nouveaux édifices pour le plaisir de l’architecture. Après ces jolis coups d’oeil, qu’est-ce qui pourrait me motiver à fréquenter, même de temps en temps, les quarante autres bibliothèques? Pourquoi j’y retournerais si c’est pour retrouver la même bibliothèque que celles à côté de chez moi?
Je sais, mes questions sont plus nombreuses que mes réponses. Mais concevoir un ensemble de bibliothèques comme un réseau de connaissances et d’expériences complémentaires, différencié, c’est un autre projet que de concevoir un série de bibliothèques généralistes qui offrent « tout » de la même manière à ses voisins

43 x la même bibliothèque = une seule offre de service.

43 x des bibliothèques personnalisées = un réseau des services.

Est-ce le même projet de concevoir une bibliothèque pour une ville ou un village, où elle sera la seule et l’unique, que d’en concevoir une pour l’intégrer à l’intérieur d’un réseau public d’une grande ville?
Le « local » dans une métropole et celui dans un village n’ont pas la même taille!
Bibliothèquement vôtre!
Luc Gauvreau
P.S.:  Pour explorer la diversité des aménagements possibles, je vous recommande l’album « Bibliothèques et lbrairies » de Irène Ellenberger, artiste, graphiste et conceptrice visuelle, sur Pinterest.

Montréal en 1949 (partie 1)

Voilà plus de 60 ans, au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, qu’aurait-on vu de l’Île de Montréal si nous avions pris l’un des avions de la Canadian Pacific Air Lines Ltd, Aerial Survey Division pour photographier le territoire?

Des champs et encore des champs, des milliers de petits et grands potagers, souvent enclavés dans des quartiers en construction, des dizaines de petits ruisseaux, des banlieues en expansion et l’incroyable place que prenait alors les chemins de fer, les immenses gares de triage. Et tant d’autres choses, comme le pavillon central de l’Université de Montréal, presque tout seul, au sommet du mont Royal.

Les Archives de la Ville de Montréal ont déposé dans le portail de données ouvertes de la Ville plus de 3 900 photos aériennes: c’est une collection fascinante à voir et à regarder. Pour réaliser cette cartographie aérienne de l’Île en 1949, le territoire a été séparé en 48 couloirs. De 50 à 95 photos étaient prises pour couvrir chaque couloir. Chacune d’entre elles représente donc qu’une petite fraction de l’ensemble. En les regardant une à une, on a beaucoup de difficulté à les situer, d’autant plus que le « chevauchement » entre les photos est assez grand, plus de 30 % du territoire se retrouve souvent sur les photos adjacentes.

[googlemaps https://photosynth.net/embed.aspx?cid=1ff56713-e8d9-4e59-ab15-4ed512db6e8b&delayLoad=true&slideShowPlaying=false » width= »500″>

Mais la technologie peut donner un bon coup de main! Pour juxtaposer les photos les unes aux autres, j’ai utilisé l’application Photosynth de Microsoft. C’est très facile à utiliser et à mettre en ligne (mais le téléchargement m’a semblé un peu long). Je n’ai pas vérifié chaque collage fait automatiquement, mais le résultat me semble très bon, sinon excellent. Voici le résultat pour 200 photos. Choisir « Agrandir pleine vue » pour un meilleur résultat. D’autres applications peuvent créer ce type de panorama composée de centaines de photos, avec plus de fonctionnalités et de souplesse.

Pour avoir un avant-goût de toutes les possibilités de découverte que l’on pourra faire avec la carte aérienne générale de l’Île en 1949, cette application remplit tout à fait son rôle.

Le long édifice au centre « inférieur » de l’image est le Grand Séminaire, rue Sherbrooke à l’Ouest de la rue Guy; plus à gauche, c’est le Collège Dawson, à l’ouest de la rue Atwater.

Bonne visite!

Vous pouvez comparer avec la carte actuelle:

Un Web vraiment universel et pour tous les temps?

Comment?

Voici une hypothèse uchronique.

Imaginons que les Sumériens ont inventé le Web, Facebook et Twitter en même temps que l’écriture!!! 
Bien sûr, ils auraient aussi inventé un Google vraiment beta.

Et supposons que ce Web-là est à peu près comme celui d’aujourd’hui et n’a pas non plus évolué depuis ce temps.

Avec une WayBack Machine optimisée, on pourrait donc consulter le blogue de Gilgamesh où il raconte ses aventures avec Enkidou:




On pourrait lire les blogues des platoniciens, des Templiers, celui de Marco Polo, de Rabelais, du docteur Chénier et de Garibaldi.

Ce Twitter multi-millénaire serait devenu un système de traçabilité des énoncés humains à travers l’Histoire. Impossible? L’industrie alimentaire se prépare à mettre en place un système de traçabilité de chaque côtelette de porc, et de chaque raisin vert. Alors, pourquoi pas un tel système pour les écrits humains?

Imaginons maintenant que nous avons un petit gadget Google, genre machine à voyager dans le temps. On entre la date que l’on veut et/ou un lieu, par exemple, Europe 1520. On retournerait en arrière dans ce web universel et de tous les temps. On pourrait consulter, naviguer, peut-être même devenir « ami » avec Jacques Cartier avant qu’il ne parte pour nous découvrir.

Impossible?! Oui et non.

Si le Web sémantique dont on parle ne permet pas un jour de réaliser de tels projets, à quoi servira-t-il?

Et même plus, sera-t-il vraiment « sémantique » s’il ne pouvait les faire advenir?

Montréal ouvert: culture et histoire

Dans le cadre de la Journée internationale des données ouvertes du 23 février 2013

Quelles données ouvrir à Montréal, sur Montréal?
Quelles informations sur Montréal rendre publiques?

Perspective générale pour les données montréalaises et urbaines

concevoir une ontologie sémantique de la ville contemporaine, un plan de classification hiérarchique des données, une sorte de tableau périodique des données urbaines
– pour identifier les données à recueillir, à trouver.
Ce serait une sorte de plan optimal des données qu’on peut réunir sur la réalité complexe d’une ville moderne.

élargir l’éventail des fournisseurs de données: ouvrir toutes les données, pas seulement les données et les informations de l’administration municipale et sur les services de proximité, mais les données SUR Montréal. Voici une liste (incomplète) des principaux fournisseurs de ces données:

  1. les gouvernements fédéral et provincial, leurs ministères: santé, transport, éducation, économie, justice, culture, environnement, etc.
  2. les organismes publiques: Observatoire de la culture, Conseils des Arts, Hydro-Québec, commissions scolaires, universités, groupes de recherche, organismes culturels, registraire des entreprises
  3. les entreprises ou organismes privés: chambres de commerce, associations professionnelles, sociétés d’histoire, festivals, Radio-Canada 
  4. dans les collections de documents numérisés (BAnQ, McCord, MBA)
  5. archives des associations et des groupes communautaire

À ces archives collectives, il faut trouver lier les archives personnelles des citoyens. Ce sont des ressources documentaires immenses, uniques, irremplaçables. Avec le numérique, les citoyens font bien plus que consulter des archives: ils peuvent maintenant en créer, en diffuser, participer à leur description et à leur mise en valeur. Les archives documentaires doivent maintenant trouver les moyens d’intégrer cette richesse dans leur pratique et leur collection.

– développer des outils de référence

  • répertoire et inventaires des bases de données que possèdent les administrations municipales, les gouvernements
  • fichiers autorités pour les entitées de référence: noms, toponymes, raisons sociales, organismes, etc. 
  • dépôt de documents et de textes numériques (voir les publications officielles à BAnQ): ouvert aux outils d’analyse sémantique, d’extraction de données

Données et informations culturelles

  • priorité: ouverture des données bibliographiques de Bibliothèque et Archives nationales du Québec: 90 000 documents avec le sujet = Montréal
  • 15 900 ressources en ligne + celles des Archives dans Pistard: + de 100 000 documents
  • données du réseau des centres d’archives de Montréal: universités, musées, institutions, etc.
  • données des activités culturelles des maisons de la culture, bibliothèques (à MTL déjà ouvertes), musées, etc.
  • Commission de la toponymie du Québec (nom de lieux dans Topos)
  • base de données des collections des musées 
  • base de données des groupes universitaires
Suggestion d’utilisation des données historiques
Que les applications pour les données contemporaines soient ouvertes à l’ajout de données historiques (par l’importation en format csv ou autres) pour tous les citoyens, pour des projets plus modestes ou personnels. Le site des Maires de France peut être un excellent modèle http://www.francegenweb.org/mairesgenweb/

Pour d’autres réflexions sur ce sujet, consulter la version préliminaire de mon invitation à organiser les Premières Journées de la culture ouverte au mois de septembre 2013.

Commentaires bienvenus,
Luc Gauvreau

[Une première version de ce texte a paru en mars 2012]

Bibliothécaire en DJ, oui! Mais avec quelle musique?

Le bibliothécaire comme DJ, c’est la proposition (ou la question!) de Martin Lessard à propos du rôle des professionnels des lieux culturels centraux que sont les bibliothèques.  Dans le cadre des débats entourant le  livre numérique, sa réflexion a le premier avantage de nous emmener un peu plus haut et plus loin que la question des formats, des modèles d’affaires, des plate-formes de diffusion et des droits d’auteur. Les bibliothèques sont avant tout des lieux culturels dont la vie est plus longue que les informations en real time. Tout le monde le sait, mais il est bon de le rappeler de temps en temps.
Comme le dit Martin Lessard, son texte veut ouvrir des pistes de réflexion. Voilà qui est réussi. Une bonne piste, c’est fait pour aller ailleurs, ça fait réfléchir et fonctionner les neurones.  J’en emprunterai une que je considère essentielle dans le cadre des réflexions sur l’évolution des bibliothèques et sur le rôle des bibliothécaires: la neutralité. Un des fondements de ces dernières, de leurs principes historiques – sans lesquels elles ne peuvent pas remplir adéquatement leur mission sociale et politique-, c’est leur neutralité idéologique. Acquise parfois après de longues luttes, cette neutralité exige des bibliothèques qu’elles conservent les documents produits par une société et les rendent accessibles à la consultation, sans censure ni Enfer pour les obscénités, sans filtre contre le mauvais goût ni les bêtises, et même sans exclusion de la littérature haineuse et des discours extrêmes, réactionnaires, anti-scientifiques.

Dans une bonne bibliothèque, on doit trouver la bonne musique autant que la musique « plate ». Mais comment définir ce qu’est de la bonne ou de la mauvaise musique? Les bibliothécaires laissent les auditeurs en décider.  Leur position démocratique dans la diffusion de la connaissance est là: constituer des collections représentatives de la vie sociale, artistique, intellectuelle, avec ses chefs-d’oeuvres et ses niaiseries, ses beautés et ses quétaineries, ses vérités, ses faussetés et ses mensonges. Il a fallu un très long combat avant que les bibliothèques cessent de porter des jugements sur le contenu de ce qu’elles conservaient. Cette « neutralité » me semble être leur plus importante contribution démocratique.

Dans le contexte numérique, il m’apparaît que cette neutralité essentielle est « menacée » (par le droit et l’économie aussi) mais, surtout, quelque peu oubliée. C’est en suivant cette piste de la neutralité que je me retrouverai tantôt sur la scène avec les bibliothécaires DJ de Martin, mais avec une équipe composée un peu différemment de la sienne…

La réédition de pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline par les Éditions Huit (Québec, 2012) peut et doit soulever des débats. Ce n’est pas un acte éditorial neutre, loin de là. Dans une telle situation, le rôle des bibliothécaires est de se taire. Comme citoyens, ils ne participent pas au débat dans le cadre de leur profession. Une fois le livre édité, la bibliothèque le conserve et le rendre disponible, sans en faire la promotion, sans l’inclure dans un remix de la littérature raciste non plus. Voici un autre exemple, plus cool. Devenu DJ en résidence, si un bibliothécaire se mettait à publier son Billboard, sa Curation numérique ou son Best of du rock, il risquerait de se retrouver attaqué par les partisans des Beatles et ceux des Rolling Stones! Pas sûr que la direction apprécierait devoir répéter, une fois de plus, que: « les choix et listes de recommandations de nos bibliothécaires ne représentent en aucun cas les préférences de la Bibliothèque… »

La bibliothèque n’est pas un tribunal d’arbitrage de la culture, des idées et de la morale. Le bibliothécaire n’est ni le procureur de la poursuite ni l’avocat de la défense: il fournit la documentation aux deux parties. Il se tient loin de tout procès, et surtout des procès d’intention qui pourraient l’accuser de ceci, de cela.

Deux exemples ne forment pas un échantillon bien convaincant, mais il me semble que transformer les bibliothécaires en DJ les ferait sortir de leur neutralité. Ils quitteraient le silence nécessaire à l’exercice de leur tâche consistant à conserver-décrire la documentation humaine d’une manière rigoureusement « neutre ».

Mais!

Oui, oui, oui!  La bibliothèque doit être remixée, objet de multiples re-classements, de pratiques inédites de « curation », cela ne fait aucun doute. Mais par qui? Qui peuvent être les DJ de ces nouvelles pratiques bibliothéconomiques? Les bibliothécaires ou les citoyens?

Le rôle des bibliothécaires, à mes yeux, est de donner les moyens aux citoyens, aux éditeurs, aux professeurs, aux auteurs, aux créateurs, aux lecteurs et lectrices, aux enfants et aux adultes de venir jouer dans les collections collectives, mises en commun, pour les re-programmer, les re-diffuser.

Un DJ est un éditeur-diffuseur de contenus. Si les bibliothécaires deviennent comme eux, ils deviendront eux aussi des éditeurs et leur production va, nécessairement, entrer alors dans le champ de la critique. Or, à mes yeux, ils ne doivent pas s’aventurer dans cette sphère de la vie sociale. La bibliothèque nourrit l’esprit critique, les bibliothécaires rendent la critique possible, mais ils n’ent sont pas les producteurs. 

Pour rendre possible le remixage social de la bibliothèque, la contribution des bibliothécaires est pourtant essentielle. Comment? Par la création des « informations sur les informations » contenues dans les collections  documentaires déjà conservées et aussi, idéalement, dans toutes celles maintenant à l’extérieur, dans Internet. Ce que les professionnels des bibliothèques doivent remixer, ce sont leurs pratiques, leurs métadonnées: remixer le système Dewey, la classification de la Bibliothèque du Congrès ou encore les vedettes-matières de l’Université Laval, compléter les notices abrégées, achever le dépouillement, enrichir d’une manière encyclopédique et rigoureuse leurs fichiers d’autorités. Le matériel des bibliothécaires devenus DJ, ce sont les notes et les tounes de la bibliothéconomie.
Internet et les moteurs de recherche nous ont montré comment les descriptions des contenus par Dewey et LOC étaient, somme toute, pauvres, inachevées. Ce sont des classifications rigoureuses, standardisées, oui, mais combien limitées et contraignantes! Fermées à la participation-contribution des usagers, conçues dans le cadre taxonomique des savoirs du XIXe siècle occidental (malgré les modifications mineures qu’on leur a apportées), ce sont ces cadres cognitifs que les bibliothécaires doivent brasser, bousculer, ouvrir, faire danser… 
Ce travail de description des productions humaines est (était?) au coeur de la contribution intellectuelle des bibliothèques. Oui, elles peuvent devenir de grands juke-box, des pistes de danses animées par de renversants DJ, mais les bibliothécaires, je les vois dans l’arrière-scène produisant des millions de nouvelles micro métadonnées pour que les DJ vedettes sur la scène publique puissent avoir accès en deux ou trois clics à toute la documentation humaine.

Des bibliothécaires en DJ, je veux bien. Mais DJ de méta-données, de classifications « sauvages », aberrantes, dépoussiérées, enrichies, concepteurs de rayonnages provocants. Les bibliothécaires vont permettre d' »augmenter » la connaissance de la réalité, s’ils augmentent la richesse de leur contribution intellectuelle à la consignation et l’archivage des réalisations humaines.

Mais les DJ ont besoin de piste de danse et de foules de danseurs. Pour les satisfaire, les bibliothèques doivent développer aussi des scénographies, des aménagements, des ressources et des outils technologiques pour rendre cela possible.

Et alors… on lit!

Nombre de livres par bibliothèque publique au Canada en 1891

Cette carte est une visualisation de données de l’Atlas historique du Canada. On y trouve aussi toutes les informations pertinentes sur l’origine des données, la méthodologie, etc.

  https://www.google.com/fusiontables/embedviz?viz=MAP&q=select+col2+from+1CvZ2ZvOnkIecFJlvHtqCkGsp7qDQqpJLyR_hhig&h=false&lat=44.25306865928177&lng=-79.00466121562499&z=6&t=1&l=col2

Ce projet de l’Atlas historique du Canada a entrepris de mettre en ligne les données contenues dans l’édition imprimée parue en trois tomes aux Presses de l’Université de Montréal. On y trouve une visualisation et une carte beaucoup plus sophistiquée de ces mêmes données.

On peut faire aussi de multiples sélections. L’utilisation demande des connaissances avancées en histoire et en statistiques. C’est pourquoi une application réalisée avec Google Fusion Tables est sans doute plus accessible aux étudiants des collèges. Il suffit d’importer le fichier Excell que l’on trouve sur le site de l’Atlas.

Ensuite, on utilise la fonction « geocode » de Google, puis Visualize/Map. Il y a quelques paramètres que l’on peut modifier, comme utiliser un icone différent selon le nombre de livres par bibliothèques. On obtient ensuite un lien pour l’intégrer dans un page web. Dans Fusion Tables, la visualisation est synchronisée à la feuille de données, donc on peut être plusieurs à la partager et à voir, en temps réel, l’avancement du travail collectif.