Le Montréalscope (version complète)

Au Web In 2011 consacré au Web du futur, organisé par l’Alliance numérique, tous les conférenciers avaient 10 minutes pour exposer leurs projets et leurs idées: c’est pas long! Mais cela a donné un rythme stimulant à la journée.
Pour voir et lire ma présentation complète du Montréalscope, il m’aurait bien fallu 20 ou même 30 minutes. Vous pouvez juger par vous-même.
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C’est un projet in progress, comme on dit. Tous les commentaires sont bienvenus. Merci!

Le Montréalscope: histoire données au futur

Au Web In 2011, organisé par Alliance numérique, j’ai présenté une proposition pour organiser et observer la totalité des informations sur Montréal et son histoire:

Le projet du Montréalscope propose d’ouvrir un chantier numérique pour construire le premier territoire virtuel urbain, l’espace structuré de la totalité des données de l’histoire et du présent de la ville. C’est une plateforme pour inventer un nouveau Grand Montréal, une hyper-réalité augmentée, un lieu d’échange commun d’exploration, de découvertes, d’aventures culturelles et technologiques.
Les bibliothèques conservent les données de millions de textes. La numérisation des imprimés ouvre les livres et rend possible l’extraction des informations qu’ils contiennent.
Le défi est aujourd’hui d’entreprendre un séquençage des écrits humains pour lier les données publiées dans l’imprimé aux « Big Data » diffusées en temps réel dans le Web et les réseaux sociaux. (Présenté par Luc Gauvreau; conception visuelle: Irène Ellenberger)

La semaine prochaine, toutes les conférences devraient être en ligne dans le site du Web In.

Données au futur 1

Café dépôt, 29 juin 2011, 21 hrs (carnets 1, pages 91-94)

Photo de Wiliam Jackson assis devant sa montagne d’archives de la Rébellion de Rie: histoire de la perte de l’information brûlée, perdue, détruite.

Montrer que la structuration des données mène au récit, à la narration.

Watson, le plus gros et puissant ordi d’IBM, a vaincu deux humains à un jeu télévisé: quel exploit! Quand on prend du recul, on réalise comment les prouesses des ordis demeurent très, très, loin de l’intelligence humaine qui les a conçus: est-il possible pour un être, un système, un outil d’inventer ou de créer une version supérieure à celle qui l’a inventé?

Bakthine: le roman est la maîtrise progressive des données spatiaux-temporelles dans le récit réaliste européen: des siècle d’évolution pour arriver à Balzac dont les romans structurent sémantiquement des milliers de données de toutes sortes (ses années de formation et de lecture intensives à la BNF avant d’entreprendre la Comédie humaine; Flaubert, et sa préparation pour Bouvard et Pécuchet; Melville, et son encyclopédie de cétacélogie; Pérec et la Vie d’emploi de la vie; Calvino et la cybernétique…)

Déconstruire une phrase et la reconstruire à partir des données démontées: données de la perception, du langage, des modèles rhétoriques, poétique
a) poème en vers? comment pourrait-on le considérer comme un ensemble de données un-structured???
– phonétique, règle de versification, codes pour structurer les éléments verbaux.

Présentation: révit – conte d’organisation des données!
S. Kubrik, dans 2001: au début, imaginer les singes avec un bloc de Tweeter-Facebook (ou Google Circles: structure qui n’est pas dérivée de l’observation des échanges linguistiques, d’informations, de documents, dans un ensemble de groupes composés de X membres: ce sont des systèmes de relations sociales formalisées dans des structures élaborées à partir des modèles des bases de données et non à partir d’une formalisation de ces relations après en avoir observé la dynamique et l’évolution. C’est une démarche inductive – pas déductive – qui impose son mode de fonctionnement au lieu de mimer les réseaux d’échanges interpersonnelles. Aucun a greffé, par exemple, la structure des données généalogiques. Chaque groupe (famille, travail, école, amis) établit les voies par laquelle l’information circule. L’armée, par exemple, a un écosystème hiérarchique très puissant. Relire L’Ordre du discours de Foucault: les discours ne sont pas libres même si Internet bouleverse totalement les anciens réseaux hiérarchiques. Ajouter au moment de la transcription: devrait aller en note ou en commentaire: peut-on le fixer en un point défini d’un texte?) qui émet le premier tweet, repris par le singe alpha, jusqu’à ce énoncé-anomatopée deviennent 10-1000 (un google) la totalité des données textuelles d’aujourd’hui. Combien d’énoncés humains on été échangés depuis l’apparition du langage?!

Histoire des emprunts linguistiques: liés au commerce, aux moyens de transports, de médias: Nouveau Monde, comme rencontre de deux Anciens Mondes (D. Vaugeois, lors d’une conférence à Pointe-à-Callières). [92]

Partir d’un nuage de données sans fin. S’inspirer de « Puissance of ten », le film d’IBM pour arriver au récit de ce couple et de leur enfant. Déconstruire – reconstruire en numérique, par extraction les données totales de leur génotype-phénotype, pour les relier, les lier une deuxième fois.

R A C O N T E R
faire surgir, le récit du chaos des données, des faits (Qu’est-ce qu’un fait – small datas?)

Jacques Ferron est comme un territoire de données narrativisées: une chaîne d’extractions (index) / observation / transformation de l’observation en données: instrument de mesure correspondant à la matière du fait à mesurer / archives.
Inventer des appareils qui extrait des données bizarres: rayons N(umérique): X vers N (faire glisser les 2 diagonales du X pour qu’elles forment un N), comme une formule d’algèbre: X x NNN = du X fois du N => H(istoire) / R(écit) / O(bservation) / S(émantique) / D(iscours)

(Penser à Paul Otlet et sa conception élargie du Livre au début de son Traîté de la documentation)

Inventaire des archives / tiroir de données
Taxonomie: ordre -classement: relier des données
Métaphores:
– cuisine: bouillon primitif de données -> éclair, rayon numérique qui crée les données animées (soupe primitive): expérience de Faraday? Faire un pastiche d’une expérience scientifique, comme l’affair Brunswick -> s’inspirer du schéma qui montre comment les rayons secrets de la télévision modifie les perceptions de téléspectateurs.

Espace.mu à Radio-Canada

À la toute fin, on indique que ce service d’écoute sera « gratuit »… pour l’usager, oui, mais quel est le modèle d’affaires derrière ce service de diffusion 24 hrs? Est-ce que Radio-Canada a conclu des ententes particulières avec les ayants droits (producteur, diffuseur, artistes)? Le versement des droits d’auteurs se fait-il à travers le système de calcul des redevances actuel? Si Radio-Canada paye selon le nombre de pièces écoutées, la durée, etc., quel budget est-il prévu pour ce faire? Ce n’est certainement pas un budget illimité. Si tous les francophones de la planète se branchaient à Espace.mu 12 hrs par jour, est-ce que Radio-Canada pourrait payer la facture? Y a-t-il des données publiques sur le financement de ce projet et sa structure de financement? Y aura-t-il de la publicité audio, sur le site, etc.?

1960 a(aura) 50 ans

Il n’y a pas d’autres dates-années plus célèbres dans l’histoire du Québec. 1960 est aujourd’hui même plus marquante que 1760 ou 1837…
1960 sert et a servi à tracer une frontière entre un avant et un après que symbolise le fameux « Désormais » de Paul Sauvé. Un partage historique, sociologique, démographique (fin du baby-boom), économique, national, politique, littéraire, culturel… En fait, l’histoire de tous les domaines de la vie québécoise est traversée par 1960, comme 1789 pour la France. Au Québec, à côté de 1960, 1968 a d’l’air d’un phénomène de surface ou d’une crise d’adolescence.

Mais 1960 est surtout un discours, littéralement un mythe (mythos).

Autant pour ceux qui y voit le début lyrique de la Révolution tranquille que pour ceux qui contestent cette périodisation en insistant sur les signes avant-coureurs et sur la continuité de certaines réalités bien au-delà de 1960. Peu importe ces divergences interprétatives, cette année-là reste un jalon incontournable. La bibliographie des titres d’articles et de livres dans lesquels apparaît cette date serait gigantesque.

Si 1960 est connu, c’est d’abord par le discours et le sens qu’on lui a donné, bien plus que par la mémoire de ce qui s’est passé et réellement vécu cette fameuse année. Il y a bien la mort de Duplessis, en 1959, le bref règne de Sauvé, mais pour le reste, de quoi se souvient-on de 1960?

Autre chose. Il y a un discours dominant sur 1960, une idéologie dominante, des souvenirs dominants sur 1960: ce sont ceux du groupe qui l’a d’abord amorcée, mais surtout ceux du groupe qui a réalisé la Révolution tranquille, avant d’en profiter, comme disent plusieurs aujourd’hui.

Que savons-nous des perceptions qu’ont eu de 1960 les gens qui cette année-là avaient 75 ans, 65 ans, 50 ans, 40, 30 ans… Ceux qui ont eu 20 ans en 1960, on risque fort de la connaître. Si nous prenions la pyramide d’âge en 1960, nous verrions peut-être que nous avons surtout la vision d’une minorité, appelée à devenir une majorité, mais qui ne l’était pas encore. Ainsi, le souvenir, l’interprétation et la signification qu’a eu 1960 pour la majorité de la population nous seraient inconnues ou presque.

Si on ajoute à cela comment ces changements ont modifié les rapports entre les groupes socaiux (les classes!), on verrrait qu’il y a des groupes qui ont eu très peu de voix au chapitre ou que leur voix est maintenant oubliée. On connaît par coeur le discours anti-clérical de cette période; que savons-nous de l’expérience qu’ont vécu, pour prendre l’exemple correspondant, les membres des communautés religieuses?

Même chose pour 1968, en un certain sens, ce qu’on connaît surtout c’est la parole de la jeunesse révoltée, mais que savons-nous réellement du « vécu parental » pendant le conflit des générations? On en sait ce que leurs enfants en ont dit. Comme objectivité faudrait trouver mieux.
Le lyrisme de cette génération, c’est un peu cela. Mais un lyrisme peut-il être encore lyrique quand il devient dominant? Lyrisme dominant, cela fait un bel ozymoron dont on pourrait attribuer la paternité anachronique à François Ricard.

Donc 1960 aura 50 ans…

Les objectifs de ce projet seraient de regrouper en un seul site Internet l’ensemble, la totalité des archives (qui ont été conservées!) sur cette année 1960: tous les imprimés (livres, périodiques…), toutes les émisions de radio, toutes les émissions de télévision, tous les films, toute la musique, tous les spectacles, toutes les pièces de théâtre, toutes les correspondances, tous les documents de la vie économique, toutes les statistiques, etc. À quoi, il faudrait ajouter les archives privées de tous les volontaires qui accepteraient de les mettre en ligne. Aussi, on y ajouterait ce qui est trouvable dans les archives étrangères et qui ont parlé du Québec. C’est-à-dire l’utopique projet d’une archive totale d’une année.

La totalité est utopique, parce qu’il manque au départ tout ce qui n’a pas été conservé. Alors l’utopie serait de ne pas pouvoir même réunir ce qui a été conservé. Est-ce une question de la taille des archives envisagées? Non, il y a déjà des bases de données qui contiennent plus d’informations et de documents que pourrait en contenir ceux de 1960. Google, Youtube, Flickr, Facebook et d’autres sites qui gèrent et mettent en ligne une quantité astronomique de documents consultés par plus d’usagers par jour qu’il y a d’habitants au Québec et même au Canada! Ce n’est pas une utopie technologique. Financière? Ça pourrait coûter cher, disons 100 millions (et là j’exagère), soit 1 km de métro! Pour .2 ou .3 km de métro, on aurait un projet pas mal bien parti…

Donc, une sorte d’archives quelque peu imaginaires parce qu’une grande partie de ce corpus n’était certainement pas connue au Québec en 1960. Aussi, encore, la totalité des références à l’année 1960 dans la culture et littérature québécoise, une sorte de « 1960 à travers les âges ». Plus, encore et encore, la cueillette des archives audio-visuelles des souvenirs de 1960 par ceux qui l’ont vécu directement, et ceux qui en ont entendu parlé. Par exemple, on peut penser à programme d’interviews de personnes nées après 1960 et leur demander ce qu’ils savent de 1960 et non seulement ce qu’ils en pensent.

En fait, il s’agit un peu de donner à 1960 une « second life ».

Impossible, voyons voir…

Archives de Radio-Canada et de CBC: la totalité de 1960
BAnQ: la totalité de l’imprimé de 1960 (en collaboration avec La Presse, Le Devoir, etc…)
Autres archives de l’imprimé: Google -Livre, BNF, BAC, etc…
Cinémathèque et ONF: tous les films
Youtube: Québec – 1960
Musique: sites de musique en ligne, Itune, numérisation du corpus québécois
Web: inventaire, répertoire complet de « 1960 – Québec »