Métaphores du livre

Au Moyen-Âge, le monde était le Grand Livre de Dieu dans lequel on apprenait à déchiffrer le sens qu’Il y avait mis tout en ayant foi dans les mystères que ce Livre divin contenait. Aujourd’hui, le livre n’est plus une métaphore structurante du monde ni même de la connaissance. C’est plutôt le livre qui est comme la Grande Toile, comme le Web, fait de relations, de liens. Un dictionnaire (imprimé sur papier) est vu maintenant comme un document numérique dans lequel les liens hypertextes sont réalisés en tournant les pages plutôt qu’en appuyant sur le museau de la souris.

À quel moment le comparant « livre » est-il devenu un « comparé »? Que cela signifie-t-il? Certainement, un changement en profondeur dans la place qu’il occupe dans la culture.

L’idée d’une Église catholique contre le livre et la lecture est toujours paradoxale. Si elle a mis en place l’Inquisition et toutes sortes de politique de censure à travers le temps et les pays, c’est que l’Église croyait dans les pouvoirs du livre, des livres: elle était bien obligée avec la Bible comme fondement.

Si on s’élève aujourd’hui contre toute forme de censure du livre, des idées ou des paroles, ce n’est pas que pour des raisons de libertés individuelles. C’est aussi parce que la croyance dans les pouvoirs du texte et du livre a beaucoup diminuée sinon disparue. Pourquoi mettre en place tout un système d’interdiction de l’écrit si on ne lui reconnaît pas le pouvoir de modifier les esprits ou de les changer? Pourquoi interdire un livre quand on ne croit pas qu’il puisse changer quoi que ce soit? Pourquoi le ferait-on?

Les termes, les images et les métaphores pour décrire Internet ont envahi le domaine des métaphores: réseau, toile, navigation, discontinu, fragmentaire, aléatoire, virtuel, numérique, lien, non-linéaire, connexion, etc. Internet a re-métaphorisé un lexique ancien appartenant à d’autres domaines de l’activité humaine: naviguer et toile par exemple, empruntés à la marine, ont acquis d’autres significations dans le domaine des NTIC. On pourrait chercher dans le Petit Robert numérique les termes pour lesquels on a ajouté une entrée précédée d’expressions comme « en informatique », « dans Internet », comme on mentionne « en linguistique », en « biologie », etc. Il y a des nouveaux mots, mais quels « anciens » mots ont acquis des sens nouveaux?

Dans le Grand Corpus Numérisé, comme celui auquel donne accès les Ngrams de Google, pourrait-on dessiner l’évolution du champ sémantique d’un mot-clé de la culture comme « livre », observer sa période d’extension sémantique presque impérialiste et son déclin à l’heure présente. On y observerait le parcours d’un mot au début de son usage intensif, alors qu’on le compare à quelque chose, le moment où il est le comparé. Puis, en même temps que l’accroissement de sa valeur culturelle et symbolique, le mot « livre » est devenu à son tour un comparant, une sorte de levain sémantique qu’on lie métaphoriquement à d’autres mots pour faire lever leur sens.

Aujourd’hui, ce mot-clé de « livre » redevient un simple comparé, ou pire, il connaît une sorte d’inversion sémantique de son aire métaphorique. De valorisant, il devient péjoratif: linéaire comme un livre, fermé, ou « autoritaire », monosémique, etc., comme si tout ce qui lui avait donné le pouvoir de devenir le Grand Comparant, jusqu’à créer l’équation Monde = Livre, s’estompait peu à peu, se refermait sur la culture du livre d’où il était sorti.

Le livre et disons mieux, disons le roman, au moins la longue histoire du roman occidental, a peut-être été un combat contre le chaos du monde, échevelé, discontinu, in-sensé. Des centaines d’années à construire ce que Bakhtine appelait la « maîtrise des faits dans la temporalité », de la réalité prise dans le mouvement du temps, sans début fixe ni fin déterminée. Comment dans ce temps sans commencement ni fin, sans programme ni finalité, raconter une ou des histoires, les faire tenir entre quelques-unes ou des centaines de pages? Tout le travail de générations de romanciers a été cela. Tellement bien réussi que le récit « avec un début et un fin bien déterminés » paraît être la forme naturelle du récit alors qu’il en est une de ses formes les plus construites. C’est plutôt le récit échevelé, sans queue ni tête, le récit sans début évident ni fin certaine qui est la forme « naturelle » du récit.

Les récits non-linéaires, mis en valeur dans la littérature du XXe siècle, et célébrés par tout un courant des études sur les récits de l’ère numérique, seraient peut-être plutôt qu’une avancée vers des formes plus évoluées du récit, une sorte de régression au stade primitif du récit, aussi chaotique que le monde avant que le premier véritable conteur y donne sens et lui donne des significations. Dans la persistance des récits « traditionnels », ceux qui demeurent encore et contre toute tentative les vrais seuls best-sellers aujourd’hui, ce besoin grégaire, atavique, d’opposer au désordre insensé du monde, un récit lié-liant, s’exprime l’opposition de la conscience à la réalité immédiate composée des infinies perceptions des sens et des mouvements du monde.

Écrire dans l’ère numérique

Un chroniqueur de Wired, encore elle, la vieille revue des nouvelles Internet, parle ce mois-ci du déclin de l’univers des blogues qui n’aurait que 4 ans. Ces « nouvelles » pratiques d’écriture perdraient de la popularité et seraient peu à peu abandonnées au profit de Facebook, MySpace ou d’autres sites de réseautage parce que les « anciens  » blogueurs y trouveraient presque les mêmes possibilités d’écriture et des possibilités infiniment supérieures pour partager photos, vidéos, clips sonores, liens, « amis », etc., alors que dans les logiciels de blogues actuels ces applications sont moins développés (cela est généralement vrai). On y parle d’un blogueur « célèbre », américain bien sûr, qui aurait presque fermé son blogue pour aller vers ces sites ou même vers Twitter, ce site de micro-textes. Et de conclure que les gens ne veulent lire que des textes brefs, de plus en plus brefs, et préfèrent échanger des instantanés de toutes sortes plutôt que des textes.

Bon, ce n’est pas nouveau: ça toujours été vrai pour tous ceux qui n’aiment pas lire ni écrire. Puis, il y a quelque chose de culturel, presque d’anthropologique, un phénomène qui semble avoir toujours existé: il y a somme toute peu de gens qui poursuivent pendant longtemps la pratique d’un « art » ou plus simplement une pratique de communication ou d’expression. Presque tout le monde a écrit quelques pages de journal personnel un jour, déjà moins de gens ont écrit le lendemain, et encore moins le troisième jour, ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une infime poignée de gens au bout d’une année, et seulement quelques de diaristes après deux ans et plus. La seule chose qui ait vraiment été populaire et le restera, c’est le téléphone. D’ailleurs, c’est vers les téléphones intelligents que se déplacent de plus en plus les NTIC. Là, ou malgré tout les efforts qu’on fera, l’interface d’écriture restera étroit et limité.

Même chose pour la musique: qui n’a jamais gratté une guitare ou pianoter? Qui a poursuivi le moindrement intensivement pour au moins être capable de continuer à savoir jouer quelques petites tounes tout au long de sa vie? Très peu. Pourquoi la pratique des nouveaux médias serait-elle différente? S’il est sûr que l’éducation et l’alphabétisation a accru de manière radicale le nombre de gens qui écrivent, des écrivains professionnels aux rédacteurs amateurs, il demeure un tout petit nombre de gens par rapport au nombre de gens qui savent écrire. Des milliers, il y a des millions de fois plus de lecteurs que d’ « écrivains » (une chance!). Et même chez les écrivains, combien y a-t-il de première oeuvre sans deuxième oeuvre, de 2e sans 3e, etc.?

Et pourtant, le « monde branché » écrit plus que le « monde non-branché »: courriels, textos, clavardage, etc. On écrit tout le temps, même les requêtes et les recherches dans les moteurs peuvent être considérées comme les formes minimales d’écriture. Du moins, pour ce qui est des communications spontanées, de la communication écrite.

Et si les blogues déclinaient parce qu’il y en a trop peu de bien écrits! De vraiment bien écrits. Et que le petit blogue sympathique du voisin et de la voisine ne pouvait qu’être vraiment intéressant pour peu de gens, leurs vrais amis. Dans les blogues d’informations, combien offrent vraiment des informations importantes et bien écrites? Pierre Foglia a sans doute pris des années et des centaines de chroniques pour avoir le public qu’il a aujourd’hui. Les livres, même les meilleurs souvent, ne rejoignent que quelques milliers de personnes en moyenne alors que, comparés à la moyenne des blogues, ils sont bien écrits. Et on voudrait que le blogueur moyen ait plus de lecteurs que un écrivain, même moyen?

N’empêche que le commentaire de Wired sur l’écrit dans le monde numérique, ces continuels déplacements d’un genre à l’autre, des pages personnelles aux blogues puis au profil d’usager et au mur-babillard de Facebook, montre comment l’écriture est maintenant dans un univers concurrentiel, en compétition avec les autres médias et techniques de communication. Jusqu’à l’ère numérique, tous les médias exigeaient une infrastructure relativement importante pour diffuser des contenus: journaux, livres, photos, films, voix, etc. L’écrit demeurait le plus simple, le plus léger et malgré cela, les possibilités de diffusion restaient étroites. Internet donne à tous les médias les mêmes possibilités démocratiques que l’écriture: il égalise, il égalitarise. Il est même possible de réaliser assez simplement de courts films d’animations 3-D, quelque chose de réservé strictement aux populeuses équipes de Disney voilà 10-15 ans.

Enfin, c’est une situation connue où l’écriture semble toujours perdre, devenir de plus en plus pratiquée et, dans le même mouvement, toujours plus marginalisée, secondarisée symboliquement, comme accessoire. C’est paradoxale: plus le nombre d’utilisateurs-scripteurs augmentent, plus sa valeur « baisse ». Phénomène d’offre et de demande: la rareté de l’écriture se faisant moins grande, sa valeur diminue. Cela fait penser au commentaire de Ferron selon lequel « dans une société analphabète, les écrivains occupent symboliquement une place forte, admirée ». En contrepartie, dans une société ou presque tout le monde écrit presque quotidiennement, et même seulement « fonctionnellement », quel peut être le statut de l’écrit et des écrivains?

Que comprendre de cela? Comment interpréter ce statut incertain, contesté de l’écrit dans la culture?
Ces changements peuvent montrer, a contrario, à rebours de l’histoire, dans une sorte de perspective historique inversée, comment les oeuvres, les grandes oeuvres de l’écriture ont pu exiger des siècles, sinon des millénaires d’efforts, d’essais et d’erreurs. Car si la pratique intensive de l’écrit par des millions de personnes dans des dizaines de langues, sous toutes les formes possibles, représente un échantillon immense, exceptionnel et jamais rassemblé, des possibilités scripturales de l’écriture, il faudra convenir comment les grandes oeuvres représentent des constructions-inventions absolument extraordinaires, exceptionnellement rares, exigeant que l’écrivain atteigne une maîtrise de l’écriture au-delà de tout ce qu’un scripteur spontané ne pourra jamais faire dans sa vie, et même s’il en avait plusieurs.

Faisons un parallèle avec le sport. Tout le monde peut courir, nager ou sauter, ou presque. Mais combien de spectateurs peuvent attirer les joggings de monsieur-tout-le-monde et les steppettes et madame-tout-le-monde? Quelques amis et parents, sympathiques, venus les encouragés, et qui d’autre?

Le glissement « naturel » des écrits numérique vers le texte bref (parce que les gens aimeraient ça plus que les textes longs), c’est comme si le marathon était abandonné parce que les coureurs du dimanche trouvent ça trop fatigant ou ne sont tout simplement pas capables de le compléter. Si la tendance se maintient et que l’écrit glisse vers Twitter, où la maximum de mots est 140, plus Dante, Balzac, Faulkner, Ferron, Baudelaire, Montale ou Saint-Denys-Garneau deviendront de plus en plus de grands écrivains. Parce qu’on n’aura qu’une seule question à la bouche: comment ont-ils pu concevoir des oeuvres aussi vastes alors que la tendance « naturelle » des scripteurs est d’envoyer des textos ou de clavarder? Comment ont-ils pu faire alors? Autrement qu’en ayant un peu de génie et ayant consacrer leur vie à cela. Il y a aussi peu d’écrivains intéressants que de sportifs intéressants à regarder.

Le mystère est celui-là: comment faire naître de la pratique courante de la parole et de l’écrit des oeuvres si fortes, qu’elles soient littéraires ou plus généralement intellectuelles. D’ailleurs, il sortira certainement quelques petits chef-d’oeuvres de l’époque blogue, ce seront ceux de génies précoces – il y aura bien quelque Rimbaud dans toute cette blogosphère -, ou des blogueurs au long souffle qui écriront le leur pendant des années et des années, sans relâche, comme certains grands journaux personnels, composés de milliers et de milliers de pages, de liens. On ne peut les connaître, ni les uns ni les autres pour le moment. Annoncer la mort d’un genre, le blogue, alors qu’il n’a que 4 ans, c’est un peu rapide.

Une nouvelle histoire des couleurs

Pourquoi pas un inventaire des couleurs mondiales par des statistiques sur les couleurs les plus fréquentes dans les cents milles milliards de pixels des fichiers images de tout format.

On pourrait ainsi créer les palettes de l’histoire de l’art, des cultures, des courants artistiques, de la pub, des lithos sur les jouets en métal!

Ça pose bien sûr la question de standardisation de la numérisation, des marges d’erreurs, etc.

Les palettes des grands peintres en fonction de leurs couleurs préférées, mesurées en relation avec la grandeur de la toile, de la résolution du fichier, etc. Il n’y a certainement pas de vert fluo dans aucune toile de Rembrant…

On pourrait tracer une sorte d’histoire de la bourse des couleurs: le brun des années 60, le jaune et rouge dans la culture populaire des années 1920-30, etc. Il y a aussi, pour l’époque de l’impression couleur, les catalogues, les échantillons de couleur, de peinture, de tissu, etc., mis en relation avec le marché international des pigments…

Ou suivre l’évolution des couleurs chez un peintre, chez Picasso, la période bleue, comme exemple qui n’a pas besoin du numérique, ou les bruns-beiges de cubistes.
On pourrait trouver des peintres aux antipodes stylistiquement, mais aux palettes de couleurs des plus semblables.

Dans ce genre d’étude généraliste, la difficulté est de trouver quelque chose qui ne soit pas évident, c’est-à-dire quelque chose qu’on ne voit spontanément sans aucun soutien technologique. Tellement de recherches « scientifiques » nous apprennent ce qu’on sait déjà et ne réussissent qu’à quantifier la chose ou le phénomène étudié.

Projet CRCCF 2

Deux possibilités:
1) – proposer évaluation des performances de leur moteur de recherche en ligne, de l’organisation de leurs BD, à l’interface, l’absence d’applications web 2.0, etc. Sur le site, on parle « d’autres modules, à l’usage du personnel, viendront s’ajouter au système : Acquisition de fonds; Organismes et Contacts. D’autres projets de bases de données seront développés pour certaines tâches (la description préliminaire des versements d’archives), ou certaines catégories de documents (les documents iconographiques). »

– absence de recherche fédérée (ou globale dans tous les fonds en même temps), peu efficace, cela oblige à faire plusieurs recherches pour trouver l’ensemble des documents quel le CRCCF possède sur un sujet.

Ce site me fait penser au site Ferron, avec son retard par rapport aux NTIC d’aujourd’hui.

2) – proposer des projets de mises en valeur et d’exploitation de leur contenu autour de la présence française au Canada et en Amérique.

Finalement, commencer par les projets 2, sur le contenu, et démontrer qu’il est impossible de les réaliser avec la technologie actuelle, et expliquer quelles améliorations-innovations on devrait y faire. Présenter aussi le développement technologiques comme un élément de la recherche et l’exploitation des contenus aujourd’hui, comme le développement de l’imprimerie a bouleversé les conditions de la recherche. Travailler dans cet axe.

Pourquoi ne pas proposer au CRCCF un projet comme si nous étions en 2015, au moment où le dernier document imprimé pouvant contenir des informations sur la présence française est numérisé.
Comment peut-t-on connaître la civilisation canadienne-française et nord-américaine aujourd’hui en 2015? Que pouvons nous savoir? Pour savoir quoi? Pour écrire quoi? Si nous ne profitons pas des NTIC pour penser ce que nous ne pouvions pas penser quand nous n’avions pas tout ce corpus numérisé ni même aucun document numérisé, à quoi cela nous aura-t-il servi?
Les projets de recherche fondés sur des programmes de cueillette d’informations, qui devraient être à la base de toute recherche dans le domaine de l’histoire entre autres, atteignent dans le monde numérique des dimensions qui dépassent notre capacité actuelle de penser des manières de les recueillir. Commencer par quoi? Comment analyser les résultats? En ce moment, on cherche un mot à la fois!!!

Les chercheurs-cueilleurs (sur la métaphore des chasseurs-cueilleurs: le retour des chasseurs-cueilleurs): parcours de cueillette, panier d’artéfacts, abjects hétéroclites, etc. Reparcourir l’Amérique française sur les traces imprimés par les French Canadians dans l’Amérique de langue anglaise.
Reprendre l’idée de « Comment l’Amérique a conquis l’Europe » pour trouver toutes les traces françaises dans la totalité du corpus du Nouveau-Monde de langue anglaise ou tout simplement dans les imprimés de l’Amérique de langue anglaise qui ne peuvent être de toute façon qu’un sous corpus d’une recherche globale totalisante sur les traces écrites de la présence française en Amérique dans tous les imprimés. Dans un livre français édité à Paris, il peut très bien y avoir plus d’informations sur la vie d’un French Canadian aux États-Unis que dans des ouvrages de langue anglaise.

Une étude comparative serait intéressante:
– quel Français est plus le présent dans l’imprimé anglais que dans l’imprimé français
– tracer l’évolution diachronique de ces traces pour trouver, par exemple, qu’à partir de telle année environ un Français cesse complètement d’être mentionné dans les écrits de France et continue de l’être dans les imprimés amériquains de toutes provenances, bien sûr, surtout anglais et français.
À ce sujet, voir l’histoire de l’imprimé canadien pour savoir si l’imprimé canadian aurait été imprimé ou édité aux USA ou en Angleterre.

Il peut sembler fou de même imaginer qu’on puisse réaliser ce type de recherche, mais une équipe internationale de milliers de chercheurs a travaillé pendant des années pour séquencer le génome humain: ils l’ont terminé et réussi. Pourquoi ne pas penser à un projet semblable pour le jour prochain où la totalité de l’écrit sera en ligne: un séquençage de l’écrit humain, ça voudrait dire quoi? Les biologistes cherchaient à décoder l’ADN: que pourrions-nous chercher dans la patrimoine écrit de l’humanité?

Roger Caillois éditeur de Jacques Ferron

Projet de communication pour le colloque sur Archives et oeuvres hypermédiatiques organisé à l’UQAM (mai 2009).
Idée générale: les NTIC donnent la possibilité de rééditer des oeuvres anciennes, publiées sur support papier, selon d’autres protocoles et d’autres conventions éditoriales. En ce sens, la lecture peut devenir l’équivalent d’un travail d’édition, de ré-organisation de la matière textuelle première.
À l’intérieur d’une fiction d’édition uchronique, imaginons ce qu’aurait pu donner la lecture-édition des oeuvres de Jacques Ferron par le multi-disciplinariste Roger Caillois. Dans ses essais, en particulier, Esthétique généralisée et son article sur les « sciences diagonales », il propose une autre vision encyclopédique des savoirs, des esthétiques et des disciplines.
Cela pourrait aussi s’intituler plus simplement: « La diagonale Ferron » ou « Ferron diagonal », Mais Callois doit se trouver dans le titre pour intriguer et mettre l’oeuvre et son lecteur-éditeur en relation.
Ou bien choisir un titre plus ancien, anachronique, très long, comme celui des ouvrages rares et curieux que citent parfois Caillois, ou comme certains de la bibliothèque de Ferron.

Questions sousjacentes:
– quel statut donner à ses lectures-éditions?
– quelle équivalence entre l’oeuvre-papier de la nouvelle « oeuvre » numérique, plutôt quelles diagonales!
– relire le Calvino de La machine littérature.
que veut dire lecture dans ses conditions?

Explorer des modes de présentations « hypermédiatiques », genre Power Point +++ élaboré avec Irène.
Pourquoi: la bibliothèque virtuelle comme méta-lecteur, comme éditeur hypermédiatique, l’oeuvre devient bibliothèque. Avec de l’animation, comme une histoire à raconter. Exemple, la recherche pour authentifier son livre qui vient de la bibliothèque de mgr Bourget par une sorte de voyage accéléré dans les archives: clin d’oeil à Radio-Canada (Jaxon), McCord, la Brown à Portland, Valéry dans le Ciel, etc.

Retrouver les citations de Ferron sur la lecture, sur le lecteur, comme ses remarques du lecteur-singe, toujours à vouloir bouger, alors qu’on doit le tenir tranquille pour qu’il puisse lire. Enfin, chercher les métaphores du lecteur, du livre et de la bibliothèque employées par Ferron. Il y aussi sa bibliothèque comme matérialisation de ses lectures.

Lire la matière textuelle ou la matière culturelle d’où vient l’oeuvre et dont elle parle. Que deviendrait l’oeuvre de Ferron dans une édition multimédiatique exhaustive de ses références, de son parcours génétique, pris dans son axe diachronique et synchronie.

Quel lecteur pour la biliothèque de Babel de Borges? Caillois a aussi écrit sur Babel et a traduit Borges!