Expo 67: la mémoire d’hier aujourd’hui et demain

[En préparation du hackhaton sur la culture du 25 au 27 septembre, organisé dans le cadre des Journées de la culture]

Expo 67 a laissé un lieu physique de rencontres et d’événements.

Il est possible aujourd’hui de la créer dans un territoire virtuel, imaginaire, pour s’en resouvenir demain. Un lieu:

– où il sera possible de re-créer des expériences anciennes (immersion historique);

– avec des fonctions de conservation, de diffusion, de production, d’édition;

– pour donner accès aux collections existantes (musées, bibliothèques, archives, centres d’interprétation de toutes sortes) pour les inter-relier  ET leur ajouter tous les souvenirs encore vivants dans la mémoire des visiteurs.

Un lieu-exposition ouvert aux commissaires virtuels pour construire des modes de représentations inédites de la culture.

En ce moment, les collections des institutions (musées et bibliothèques) sont en silos, peu diffusées. Le numérique décloisonne les collections, les objets, les informations et les données qu’elles contiennent. Ce qu’on relie, ce sont les données des catalogues, mais les objets et les oeuvres numérisées restent séparées. On ne peut les déplacer facilement, par peur de prêter les collections, des risques pour la préservation et la conservation, de bris, de vol. Le numérique contourne complètement cette limite matérielle à la diffusion et, surtout, au regroupement des objets culturels.

On doit donc penser et concevoir des institutions et des lieux qui correspondent à la mutabilité des objets numériques.

Le numérique dé-localise les collections et permet de les relocaliser ailleurs, partout, tout le temps. En ce moment, ce lieu est le serveur numérique auquel on a accès à travers un formulaire de recherche minimaliste, sur des ordinateurs ou des support personnels, petits, de plus en plus petits, qui contraignent la totalité des objets culturels à s’adapter à leur format.

Cela prend plutôt des lieux d’affichage et de diffusion numériques qui correspondent aux formats originaux, aux dimensions et contenus des documents-sources. Des lieux et des supports pour en augmenter la taille et la puissance d’évocation, et non des appareils miniaturisés aux qualités de consultation souvent douteuses.

Il est maintenant possible de virtualiser la mémoire collective, archivée par les institutions et les archives privées plus récentes, inexploitées par les institutions. Cette mémoire citoyennes et les archives demeurent à l’extérieur des lieux de conservation. On peut changer cela:

– démocratiser l’accès aux outils d’indexation, aux savoirs bibliothéconomiques à travers les universités, les écoles
– ère de participation aux archives publiques par les citoyens-usagers
– dans l’imprimé, le réel et l’analogique, il y a des contraintes matérielles à la circulation, la diffusion et la réunion des objets culturels, des textes, des images, des oeuvres. Le livre réunit deux médias, les images et textes, dans des formats déterminés, aujourd’hui, le livre devenu numérique peut les réunir aisément d’une façon inédite.

– Pour André Malraux, la photographie a fait tomber les barrières physiques entres les oeuvres, les lieux, les textes. La photographie a aboli les murs entres les musées, les sites et les sculptures, l’architecture. C’est ce qui rendait possible, selon lui, la création du Musée imaginaire. Mais une collection d’objet ou de livres, ce n’est pas un musée ni encore moins une exposition: cela exige un organisateur, un diffuseur, un éditeur, un commissaire. Malraux, dans ses monographies, est un commissaire d’exposition fabuleux, un découvreur de liens secrets, inédits, partial, subjectif, porté par une vision de la totalité de l’histoire de l’Art: du surnaturel à l’intemporel.

Ce rôle de commissaire ou de curateur culturel, tout le monde peut le jouer aujourd’hui. Et Expo 67 représente un territoire extraordinaire d’artéfacts et de souvenirs de toutes sortes pour que nous en devenions tous les commissaires virtuels et de nouveaux visiteurs.

Le Web ne fait pas que dé-localiser, il dé-chronomètre, il brise la ligne temporelle entre les objets et les informations, il brise ainsi les liens entre les faits et les causes, les conséquences. Il dé-programme la chronologie originale. En même temps, le numérique permet de ré-organiser les lignes du temps. En les multipliant, en les « aplatissant » au seul et dominant temps-réel (real-time), le présent perpétuel de la mise en ligne, il rend possible la structuration d’autres formes de temporalités.

L’Expo 67 demeure pour Montréal et le Québec un moment fondateur, une entrée spectaculaire dans la modernité et les relations de proximité entre les cultures, les pays et les nations, entre les technologies d’avant-garde (comme Imax) et des foules émerveillées, éveillées devant les expériences nouvelles.

Le temps, le temps d’Expo 67, peut devenir un laboratoire, un lieu d’expérimentation et de découverte, comme la photographie en permettant de juxtaposer des oeuvres d’époques éloignées, situés en des lieux aux antipodes les uns des autres.

Publié par

LGauvreau

Curateur culturel